REFLEXIONS SUR LES SECTES, LES DERIVES SECTAIRES ET LES LUTTES CONTRE CES DERIVES SECTAIRES
Secte ou dérives sectaires, ces mots réveillent chez beaucoup d’entre nos compatriotes de vielles peurs. Quel est le support de ces peurs ?
Les journalistes et certaines institutions brandissent cette bannière pour jouer sur cette peur et faire ainsi des mises en gardes sur des activités qu’ils considèrent comme pouvant être dangereuses pour la population.
Cette réalité du moment mérite réflexions.
Ces peurs sont-elles justifiées ?
Les objets de ces mises en garde sont-ils vraiment des dangers potentiels pour les individus ? Ou pour ceux qui brandissent les bannières ?
La commission d’enquêtes sur les sectes de l’assemblée nationale, dans son rapport de 1995, rend compte d’un très bon travail pour tenter de donner une définition de la secte.
Résumons ces conclusions.
Il n’y a pas de définition juridique de la secte, depuis la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Une secte se définit comme un groupement de personnes autour de croyances religieuses. L’état est garant de la liberté de croyances et doit donc protéger les minorités religieuses à partir du moment où elles respectent l’ordre public.
Notons les deux termes définissant une secte : un groupe et une croyance religieuse.
Sur le plan étymologique, le mot secte vient de « suivre » ou de « séparer ». Il est difficile de trancher. Mais les deux sont compatibles : des personnes suivent un groupe ‘qui développe une croyance différente de celle de la religion dominante et qui s’en est séparé.
Significative est la définition fournie par le dictionnaire Littré, pour qui la secte est » l’ensemble des personnes qui font profession d’une même doctrine » ou » qui suivent une opinion accusée d’hérésie ou d’erreur « .
Le christianisme fut à ses débuts une secte juive, le protestantisme une secte par rapport aux catholiques…
Chrétiens et protestants ont eu leurs heures de chasse aux sorcières et de persécutions. Ils remettaient en cause des croyances bien établies et défendues par des gens de pouvoir en place.
Aux mêmes époques, d’autres sectes sont nées et n’ont pu se développer, comme les Cathares par exemple.
Celles qui ont réussi sont aujourd’hui des Eglises.
La dangerosité des sectes
Le terme » sectaire » , apparu, lui, au cours des guerres de religion, est empreint d’une forte connotation péjorative. Il est appliqué au membre d’une secte caractérisé par son intolérance, son adhésion aveugle, son étroitesse d’esprit.
Le langage moderne a été fortement marqué par cette connotation péjorative : de nos jours, le terme » secte » fait référence à des mouvements religieux ou pseudo-religieux d’apparition récente, minoritaires, sécessionnistes ou non.
Le débat sur les » sectes dangereuses » ou les » dérives sectaires » a encore accentué l’aspect péjoratif du concept.
Il y a une lutte en France contre ce qui peut ressembler à une secte dangereuse, par des organismes subventionnés par l’état : l’ADFI, mouvement de défense de la famille et de l’individu ou créé par lui, la MIVILUDE, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
Un bref rappel historique (voir article « sectes » dans Wikipedia)
Fin 1993, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme proposait cette définition des sectes : « Groupement se présentant ou non comme une religion, dont les pratiques constatées sont susceptibles de tomber sous le coup de la législation protectrice des droits des personnes ou du fonctionnement de l’État de droit ; comportement sectaire : refus des lois, en exerçant des voies de fait, en accomplissant des détournements, des abus de confiance, des infractions financières et fiscales, des mauvais traitements, de la non-assistance à personne en danger, des incitations à la haine raciale, des trafics de stupéfiants. »
Le rapport de 1999 de la MILS (précurseur de la MIVILUDE, mouvement interministériel de lutte contre les sectes.) donnait la définition plus brève : « Association de structure totalitaire, déclarant ou non des objectifs religieux, dont le comportement porte atteinte aux droits de l’Homme et à l’équilibre social. »
En 2008, les associations antisectes, les commissions parlementaires et les missions du gouvernement disent étudier le comportement d’un groupe vis-à-vis de ses membres plutôt que les préceptes du groupe (ce qui équivaudrait à une évaluation objective des actes plutôt que des croyances). Divers critères tels que la manipulation mentale des adeptes, l’organisation pyramidale et la centralisation du pouvoir aux mains d’une personne avec autorité charismatique, comme un gourou, ou d’un collège restreint de dirigeants, l’extorsion de fonds ou encore le fait que la doctrine se présente comme exclusive, sont employés pour cette étude.
La MIVILUDES, tout en reconnaissant la difficulté d’« appréhender la notion de dérive sectaire », propose huit critères de ces dérives :
• la déstabilisation mentale ;
• le caractère exorbitant des exigences financières ;
• la rupture avec l’environnement d’origine ;
• l’existence d’atteintes à l’intégrité physique ;
• l’embrigadement des enfants, le discours antisocial, les troubles à l’ordre public ;
• l’importance des démêlés judiciaires ;
• l’éventuel détournement des circuits économiques traditionnels ;
• les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics.
, Deux incriminations nouvelles ont été créées par la loi About Picard du 12 juin 2001.
• La limitation auprès de la jeunesse de la promotion des personnes morales qui pratiqueraient une sujétion psychologique ou physique lorsque cette personne morale ou ses dirigeants ont déjà fait l’objet de condamnations pénales pour certaines infractions (atteinte à la vie, violences, mise en péril de mineurs, exercice illégal de la médecine, fraudes, publicité mensongère…), la violation de cette interdiction est punie d’une amende (article 19 de la loi) ;
• L’extension de l’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de faiblesse aux cas où des techniques de « pressions psychologiques réitérées » abolissent le discernement du membre de la secte au point de commettre des actes qui lui sont « gravement préjudiciables ».
Sur ces critères de définition de sectes dangereuses ou de dérives sectaires, on comprend qu’un état de droit soit extrêmement vigilant, puisqu’il est à la fois garant des libertés individuelles et de l’ordre public tout en protégeant les plus faibles.
Mais là se posent quelques questions :
La législation du droit pénal n’est-elle pas largement suffisante pour juger et condamner les actes répréhensibles ?.
La notion de secte a un caractère religieux, donc lié aux croyances d’un groupe. Pourquoi une association comme l’ADFI, bénéficie-t-elle de subventions de l’état plus que conséquentes pour lutter contre les sectes alors que l’état est garant de la liberté de croyances et de cultes?
Quel intérêt peut avoir l’état à déléguer une chasse aux dérives sectaires dangereuses alors que c’est lui, et seulement lui, qui est garant de la loi ?
De telles associations ont leurs actions motivées par une idéologie avec ses critères. Comment sont-elles surveillées pour éviter leurs propres dérives anti sectaires qui peuvent devenir elles-mêmes sectaires et dangereuses pour ceux qu’elles traquent de façon plus ou moins justifiée?
Comment l’état assume-t-il la séparation d’avec toute forme de religion ?
Les domaines les plus visés par la lutte anti sectes sont la médecine alternative et toute forme de relation d’aide non médicale, l’éducation et la formation.
Pourquoi parle-t-on souvent d’adeptes de la médecine alternative : Sont-ils réunis en communauté de croyants ?
Pourquoi évoque-ton souvent la dangerosité potentielle de certaines pratiques non conventionnelles, non reconnues par la faculté et non prises en charge par la sécurité sociale en les assimilant à des dérives sectaires sans avoir à prouver leur caractère nocif ?
Ce sont les personnes ou groupes suspectés qui doivent se défendre en justice contre des attaques jugées injustifiées.
Pourquoi le traitement est-il différent pour les laboratoires pharmaceutiques responsables de la mise sur le marché de produits reconnus dangereux: on attend un certain nombre de morts avérés pour les faire passer en justice.
Est-ce pour protéger la population d’éventuels dangers souvent non avérés, ou en tout cas non condamnés par la justice,
ou est-ce pour protéger une médecine qui montre de plus en plus sa dangerosité (les affaires sur les médicaments se multiplient…) et l’aliénation des personnes obligées de cotiser à un organisme qui, lui-même, les oblige aussi à se soigner selon une façon de faire officielle ou alors non remboursée.
La médecine actuelle serait-elle une croyance à protéger ? L’avis des Professeurs serait il parole d’évangile ? Est-il possible de penser autrement une approche de la santé que celle essentiellement mécaniste pratiquée aujourd’hui, de penser des soins en dehors de la chimie, de la radiothérapie et de la chirurgie ? Les pratiques médicales ressembleraient-elles à un culte avec ses protocoles immuables tant que l’autorité n’a pas décidé de les changer? Serait-elle une sorte de religion qui a réussi ?
Comment se fait-il que des individus qui n’appartiennent à aucun groupe, religieux ou non, soient suspectés de secte dangereuse ou de dérives sectaires pendant des années, sans condamnation pénale, sans savoir de quoi on les suspecte vraiment et sans jamais rencontrer ceux qui se permettent de semer des doutes dans la presse et auprès d’administrations ou de banques, en se protégeant derrière leur immunité parlementaires sans avancer le moindre fait concret.? Combien de carrières ont été ainsi ralenties, voire brisées, pour des personnes souvent très créatives ?
Quelles peuvent-être les motivations personnelles des « grand pourfendeurs de sectes » ? Des enquêtes journalistiques sur leur propre histoire seraient peut-être éclairantes ?
Que des pratiques non habituelles soient surveillées, cela est très normal. Mais qu’elles soient dénigrées sans avoir été étudiées, cela relève de la délation.
Quand est publié un article où apparaissent les mots secte ou dérives sectaires, prenons le temps de bien le lire pour évaluer la réalité des accusations : Est-ce que les faits présentés sont réels ? ou seulement des allégations, des suppositions, des supposés risques éventuels…et quels rapports ont-ils avec les critères de dangerosité définis par les organismes officiels. Qui est à l’origine de la suspicion ?
A qui profite cette attitude qui consiste à jouer sur la peur qui renvoie peut-être à la peur de la sorcellerie héritée de l’inquisition pour éloigner des personnes de réflexions et de pratiques différentes de la culture dominante ?
Aux journalistes qui espèrent vendre plus de papier ?
Ou à des personnes qui risquent de perdre de leur pouvoir ?
Qu’est-ce qui fait avancer un pays et sa culture ? Les changements par rapport à ce qui est établi.
Qui protègent les acquis et peuvent craindre des évolutions : ceux qui détiennent un pouvoir.
Il est habituel qu’une structure en place veuille se pérenniser et donc rejette ce qui vient la déranger.
Les juifs ont rejeté les chrétiens, les catholiques ont rejeté les protestants, la médecine par son conseil de l’ordre veille à éliminer ceux qui pensent et agissent hors normalisation dans un système qui montre de plus en plus ses limites… Un domaine aussi surveillé est l’éducation, alors que la Nationale fait aussi la preuve de ses limites à en voir le budget colossal, l’un des plus gros en Europe, et les résultats par rapport aux autres pays.
Or, dés que quelqu’un veut faire l’école à la maison, il est suspecté…et certaines écoles comme les écoles Steiner ont fait partie des listes des sectes …sans aucune condamnation judiciaire ni le moindre élément de dangerosité démontré…
N’y a –t’il qu’une seule façon de penser l’éducation ?
Dés qu’une proposition de formation présente les mots « développement personnel », elle est suspectée.
Pour qui est-ce dangereux de se développer ?
Et il est prudent d’éviter les mots de « conscience, d’amour ou de sexualité »si l’on veut éviter d’être montré du doigt.
Or, n’est-ce pas des éléments essentiels de la vie humaine ?
Un véritable état de droit ne devrait-il pas encourager et soutenir des expériences nouvelles dans tous les domaines en les surveillant et en validant leur efficacité ?
Ne devrait-il pas inciter chacun à développer son esprit critique, sa capacité de réflexion, sa liberté, son autonomie, sa responsabilité et favoriser les personnes, thérapeutes ou éducateurs, qui œuvrent dans ce sens. N’est-ce pas justement ces personnes là qui sont les plus visées dans la lutte anti secte, alors que ce sont elles les vraies « secticides » ?
Les critiques contre les éventuelles dérives sectaires ne sont-elles justement pas souvent dirigées contre des personnes, éducateurs ou thérapeutes, qui aident leurs élèves ou clients à aller vers plus d’autonomie, de liberté et de responsabilité ?
On peut comprendre la peur de responsables politiques d’une déstabilisation de la société.
Mais la vie est en permanence en déséquilibre dynamique. C’est le moteur de l’évolution.
La réflexion politique devrait porter sur l’accompagnement de ces évolutions : elles sont salutaires et inéluctables. Trop freinées, elles finissent par être à l’origine d’explosions incontrôlables. Bien accompagnées, elles favorisent des transformations et des progrès en douceur.





